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INTERVIEW / PLAIDOYER DE LA PLATE-FORME ‘’JE NAN JE’’ POUR UNE ‘’RÉFORME AGRAIRE INTÉGRALE’’ PDF Imprimer Envoyer

Je nan Je


• Secteur (s) : Agriculture / Environnement / Habitat

• Zone (s) d’intervention : 10 départements géographiques du pays

• Groupe (s)-cible (s) : Paysans, Responsables d'État, citoyens/nes

• Source (s) de financement : MORIAH Fund, HAWG, ACTIONAID

• Siège (s) de l'intervenant:
3, rue Grandoit, Delmas 75
Tél. : 3405 3919 / 4891 0237

Des organisations mettant la paysannerie au centre de leur projet, réunies depuis 2010 dans une plate-forme baptisée JE NAN JE, font de l’accès à la terre et de la question de la décentralisation leur principale préoccupation. François Pierre Jeanco rencontre pour ENFO-LIEN deux responsables, Nicossa Paulémon et Alta Prophète, qui donnent des détails sur la composition de ce regroupement et sa vocation. Pour un changement en profondeur dans la structure socio-économique du pays et une amélioration tangible et durable des conditions de vie des paysans, ils prônent une ‘’réforme agraire intégrale’’ et envisagent une grande mobilisation pour forcer les autorités étatiques à l’enclencher. En pleine période électorale, ils précisent les contours de cette réforme et convient les candidats sérieux à inscrire ce thème dans leur programme politique.

________

E-L.- Aujourd’hui nous offrons à nos lectrices et lecteurs un entretien avec deux (2) dirigeants de la plate-forme d’organisations oeuvrant pour la paysannerie, “JE NAN JE”.

Madame, Monsieur, je vous présente mes salutations et je vous demande, en premier lieu, de vous présenter au public, pour leur dire qui vous êtes, en précisant pour eux le rôle que vous jouez au sein de la plate-forme “JE NAN JE”, votre profession et votre lieu d’habitation.

N.P.-Je salue tout le monde. Je réponds au nom de Nicossa Paulémon. Je viens du département de la Grand’Anse et suis membre d’une organisation appelée KPGA (Konbit Peyizan Grandans /Coumbite des paysans de la Grand’Anse). Je suis ethnologue et travailleur social, actif dans la paysannerie, puis coordonnateur de la plate-forme “JE NAN JE”.

E-L.-Et vous Madame?

A.P.-Je suis Alta Prophète. Je viens du département du Nord ’Est. Je suis coordonnatrice de programme pour MPNKP (Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye) dans le Nord ’Est et en même temps vice-coordonnatrice de la KONAFPA (Kòdinasyon Nasyonal Fanm Peyizan Ayisyen / Coordination Nationale des Femmes Paysannes Haïtiennes). J’ai fait des études en droit et en développement.

E-L.-Maintenant, l’un d’entre vous peut-il présenter la plate-forme au public ? Préciser l’année et sa date de fondation, sa vocation, les organisations membres et leur localisation.

N.P.-C’est une plate-forme à caractère social qui a vu le jour après le tremblement de terre du 12 Janvier 2010. Elle est composée de onze (11) organisations membres : KOZPAM basé à Port-au-Prince; MPP (Mouvement Paysan de Papaye) qui se trouve dans le Plateau Central; CROSE (Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est); KPGA (Konbit Peyizan Grandans/ Coumbite des Paysans de la Grand’Anse) ; APV ( Association des Paysans de Value / dans l’Ouest, plus précisément à Petit-Goâve ; RENASA (Rezo Nasyonal Ayisyen pou Sekirite ak Souverènte Alimantè / Réseau National Haïtien pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires); COSAD (Coordination pour des actions en santé et en développement d’Haïti) qui se trouve à Lascahobas; FANM DESIDE dans le Sud-Est, plus précisément à Jacmel; KONAFAP (Kòdinasyon Nasyonal Fanm Peyizan /Coordination Nationale des Femmes Paysannes) ; MPNKP (Mouvman Peyizan Nasyonal Kongrè Peyizan/ Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye); enfin, ACTIONAID qui est non seulement une ONG, bailleur de fonds, mais aussi membre de la plate-forme.


E-L.-Pourquoi ces organisations sont-elles les seules à faire partie de la plate-forme?

N.P.-L’invitation a été lancée dès le début à toutes les organisations qui ont pour objectif de travailler véritablement sur : la sécurité et la souveraineté alimentaires, la défense des droits humains, la lutte pour la redistribution des terres en vue d’améliorer les récoltes des paysans et permettre aux victimes du 12 janvier 10 de vivre dans des maisons bien construites.

E-L.-ACTIONAID en tant qu’organisation membre de la plate-forme supporte-t-elle les autres entités dans le cadre de leurs projets?

N.P.-ACTIONAID supporte les sept (7) organisations suivantes qui sont ses partenaires stratégiques : KOZPAM, MPP, KPGA, CROSE, COSADH, RENASA, sans oublier APV. Elles partagent avec les autres membres la mission et l’objectif de la plate-forme.

E-L.-Parmi ces organisations que vous avez citées, il y en a qui sont membres d’autres plate-formes dans le pays. Quels sont leurs rapports avec la plate-forme “4 JE” par exemple ?

N.P.-CROSE, MPP, MPNKP sont les principaux fondateurs de la plate-forme 4 JE, tout en étant membres de la plate-forme “JE NAN JE”.

E-L.-Peut-on savoir qui a été à la base de la fondation de cette plate-forme? D’où est venue l’idée? Dans quelle circonstance a-t-elle pris naissance et pourquoi porte–t-elle ce nom?

N.P.-Elle a été fondée après le tremblement de terre du 12 Janvier 2010 et KOZPAM basée dans le département de l’Ouest qui a été la zone la plus frappée par le séisme, en a été l’initiateur. La proposition a été faite lors d’une retraite annuelle organisée par ACTIONAID au Club Indigo. Nous l’avions analysée et ayant estimé qu’elle était valable, comme partenaire d’ACTIONAID nous y avons adhéré ; et nous avons adopté le nom de “JE NAN JE”.

E-L.-Pourquoi cette appellation?

N.P.-La plate-forme 4 JE existait déjà. Nous avons jugé bon de venir avec quelque chose de nouveau et surtout nous avons voulu tenir compte de la solidarité et de l’aide reçues de la communauté internationale après le séisme. De plus, nous avons eu l’intention de défendre les victimes du tremblement de terre en ce qui a trait aux types de construction. Nous avons aussi visé les paysans, en relation à l’accès à la terre, car une grande partie de la population s’était réfugiée dans des zones qui n’ont pas été secouées alors que les milieux ruraux n’avaient aucune structure pour recevoir tous ces gens. Nous avons fixé pour mission d’exiger l’État à partager les dons reçus de la communauté internationale et d’en faire une bonne gestion ; de combattre la corruption à deux niveaux : au sein de l’État haïtien et au sein des organisations internationales qui apportent l’aide.

E-L.-La mission de la plate-forme permettrait de déterminer certes ses caractéristiques. Mais pouvez-vous préciser pour nous s’il s’agit d’un groupe de pression ou d’un groupe de développement?

N.P.-Nous sommes un groupe de pression. Notre objectif est de faire des plaidoyers pour contrer la mauvaise gestion de l’aide reçue par le gouvernement haïtien. Nous voulons aussi prendre la défense des victimes du séisme et plaider en faveur des paysans sur la question de la réforme agraire.

E-L.-Nicossa Paulémon, pouvez-vous nous parler de la structure de la plate-forme et quels sont ses principaux dirigeants ?

N.P.-La plate-forme ‘’JE NAN JE’’ est composé de onze (11) organisations. La Coordination nationale est formée par un (1) représentant de chacune d’elle. Puis, chaque organisation délègue deux (2) de leurs membres à l’Assemblée nationale.


E-L.-La plateforme a-t-elle un siège social ? Si oui, où se trouve ce local ? Si non, pourquoi?

N.P.-Nous en avons un, à Delmas 75.

E-L.-Quelle est l’adresse complète?

N.P.-Nous sommes à la Rue Grandoit, #3, Delmas 75.

E-L.-Quel est votre mode de fonctionnement?

N.P.-La Coordination nationale se réunit tous les six (6) mois. Il en est de même pour l’Assemblée nationale. Cependant, au niveau des départements, nous avons les Assemblées régionales. Nous avons divisé le pays en 5 grandes régions: la région Nord qui regroupe le Nord, le Nord-Est et le Nord-Ouest; la région transversale embrassant l’Artibonite et le Plateau central; la région de l’Ouest divisée en deux zones, l’aire métropolitaine de Port-au-Prince avec d’un côté Petit-Goâve, Grand-Goâve, Léogâne et de l’autre, Thomazeau, Cornillon, Croix-des-Bouquets et Kenscoff; puis, nous avons la région du Sud-Est avec Jacmel seulement; et enfin, nous avons la région du Grand Sud regroupant le Sud, les Nippes et le département de la Grand’Anse.

E-L.-ACTIONAID participe-t-elle à toutes vos rencontres?

N.P.-Non. Pas toujours, au niveau des Assemblées régionales. Par contre, pour les réunions de la Coordination nationale et au niveau de l’Assemblée nationale, elle est toujours présente ; et ceci, pas en tant que bailleur de fonds, mais en tant que membre de la plate-forme.

E-L.-Quelles sont les grandes lignes d’intervention de la plate-forme “JE NAN JE”, plus précisément ses principales stratégies depuis sa fondation jusqu’à nos jours ? Et a-t-elle toujours eu l’appui d’ACTIONAID dans ses différentes activités?

N.P.-Les plaidoyers constituent nos principales activités. Viennent ensuite nos séances de formation sur des thèmes très précis, comme par exemple la réforme agraire et la plaidoirie considérée comme thème à part entière.

ACTIONAID nous supporte dans la majorité de nos activités mais nous avons aussi l’appui d’autres partenaires comme par exemple : La Fondation MORIAH et la Plate-forme HAWG, deux (2) organisations qui nous soutiennent financièrement. Elles facilitent la réalisation des activités de plaidoyer de la plate-forme au niveau international ; aux Etats-Unis, au Canada et dans le continent européen. Leurs contributions nous permettent de faire nos plaidoyers, de la mobilisation et d’organiser des séances de formation pour les membres des coordinations et de l’assemblée nationale, ainsi que pour les membres des assemblées régionales.

E-L.-Pourquoi êtes-vous intéressés aux questions de la réforme agraire intégrale et de la décentralisation ?

N.P.-Il faut voir que la majorité des organisations faisant partie de la plate-forme sont des organisations paysannes. De ce fait, la question de la réforme agraire est extrêmement importante car sans cette réforme il sera impossible d’atteindre des objectifs fondamentaux tels que la souveraineté alimentaire et la souveraineté nationale. Nous avons adjoint au terme de réforme agraire le qualificatif ‘’intégral’’, pour pouvoir arriver à cette indépendance que nous recherchons du point de vue de la consommation des produits alimentaires et en tenant compte de la dégradation de notre environnement.


E-L.-Quelle différence existe-t-il entre réforme agraire et réforme agraire intégrale? Pouvez-vous nous expliquer plus en détail à quoi réfère le terme ‘’intégral’’?

N.P.-Quand nous parlons de réforme agraire, au sein de la plate-forme, il ne s’agit ni de réforme foncière ni d’une simple réforme. Après avoir distribué des terres aux paysans, ceux-ci doivent recevoir de l’assistance technique et économique pour assurer la production en vue d’éviter de travailler en vain. La réforme agraire intégrale réfère donc aux éléments suivants: la distribution des terres, l’assistance technique pour les paysans, la disponibilité de crédits et de moyens pour faire avancer la production, la multiplication de marchés pour la vente des produits récoltés.

E-L.-Quelle différence établissez-vous alors entre réforme agraire et réforme foncière?

N.P.-La réforme foncière implique un cadastre, i.e. un inventaire de toutes les terres appartenant aux particuliers et à l’État. La réforme agraire intégrale quant à elle, c’est la distribution des terres aux planteurs, accompagnée d’assistance technique et financière et de création de marchés pour l’écoulement des produits. Les paysans doivent aussi recevoir de l’aide après les cyclones, les inondations et durant les périodes de sécheresse. Car, souvent après ces catastrophes, les instances concernées n’interviennent pas en leur faveur.

E-L.-Parler de réforme agraire intégrale nous renvoie à la réforme agraire de 1995, appelée communément ‘’réforme agraire de Préval’’. Qu’en savez-vous?

N.P.-À l’époque, Bernard Ethéart était le directeur de l’INARA (Institut National de Réforme Agraire) et (au niveau des organisations de base) nous travaillions en partenariat avec cette institution avec laquelle nous avons eu plusieurs discussions. Pour les membres de la plate-forme “JE NAN JE”, il ne s’agit pas d’une réforme agraire. C’était plutôt une distribution de terres en litige dans le département de l’Artibonite. Les terres de l’État n’ont pas été distribuées et il n’y eut ni assistance technique ni crédit pour les planteurs, ni semences ni marchés pour les produits.

E-L.-N’y a-t-il eu rien de bon dans ce partage de terres?

N.P.-Nous ne dirions pas cela. L’État est une personne morale. Le fait d’avoir réussi à mettre en sa possession les terres en litige, c’était une bonne chose. Ce qui a par la suite diminué les conflits dans l’Artibonite.

E-L.-Mais l’INARA est une institution créée par la constitution de 1987. Par contre, on va attendre jusqu’en 1995 pour qu’elle soit structurée. Selon vous, depuis sa naissance jusqu’à date, qu’a-t-elle fait de bon et qu’est-ce qui lui reste à faire?

N.P.-Je dois avouer que c’est une belle initiative car, beaucoup de gens ont perdu leur vie dans les conflits terriens. Mais, nous disons qu’il faut une réforme agraire intégrale pour arriver à la souveraineté alimentaire. INARA n’est pas présent dans tous les départements et tous les dix départements doivent en bénéficier. Il ne s’agit pas seulement du département de l’Artibonite ou du Grand Nord. L’État doit fournir à l’INARA les moyens nécessaires pour son travail. Cette institution devra former des techniciens, revérifier les lois, se pencher sur le fonctionnement des tribunaux du pays, sans oublier les activités des notaires. Enfin, la création d’un Ministère pour la gestion et l’accompagnement de cette réforme s’avère obligatoire.

E-L.-La plateforme “JE NAN JE” prône une réforme agraire intégrale. Comment voyez-vous concrètement les composantes de cette réforme et les étapes pour y parvenir?

N.P.-En relation à la réforme agraire intégrale, la plate-forme veut mener la lutte pour que les paysans trouvent des terres agricoles leur permettant de vivre avec leurs familles et pour qu’ils disposent de titres de propriété. L’État continuera à être propriétaire tandis que les paysans continueront à travailler ces terres durant toute leur existence.

Il faut obtenir aussi pour les planteurs des crédits au taux de 0 à 3% avec des délais de remboursement sur une période de six (6) mois à cinq (5) ans, tenant compte des aléas naturels. Et, en matière d’assistance technique, on doit former des techniciens au Ministère de l’Agriculture et au niveau des organisations paysannes. Enfin, quand nous parlons de marché, pour diminuer la concurrence, l’État doit être en mesure de taxer tous les produits importés et empêcher l’importation des produits disponibles localement.


E-L.-Que veut dire pour vous le terme ‘’assistance technique’’?

N.P.-Ce terme réfère à la formation de professionnels comme des agronomes, des techniciens agricoles qui devraient être mis à la disposition des paysans pour les conseiller sur les périodes des semailles, l’adéquation de plantations aux différents types de terrain, etc... Au sein des organisations paysannes, il existe des cadres moyens que l’État pourrait former et payer comme formateurs et qui pourraient à leur tour encadrer techniquement les paysans. Ainsi, la réforme agraire intégrale permettra d’assurer la protection de notre environnement, la souveraineté alimentaire et de freiner l’exode des ruraux vers la capitale et chez nos voisins (dominicains) à la recherche d’une vie meilleure. Elle facilitera aussi l’indépendance économique de la paysannerie et permettra d’aboutir à une espérance de vie plus longue des haïtiens.

E-L.-Y a-t-il un quelconque rapport entre la réforme agraire intégrale et les risques et désastres?

N.P.-Sans la réforme agraire intégrale, l’environnement ne sera jamais protégé. Si les paysans qui constituent 65% de la population n’ont pas les moyens de subsistance, s’ils ne peuvent pas recevoir des subventions après les catastrophes naturelles ; s’il n’y a pas un plan d’aménagement du territoire, cela aura toujours de graves conséquences sur l’environnement. Et à la moindre goutte de pluie, le pays est inondé. Prenons l’exemple de ce qui se passe à Léogâne pour le moment, les gens commencent à ravager les plantations de canne-à-sucre, de maïs, de manioc, pour construire des maisons. Il faut prendre en compte ces facteurs pour limiter les risques et les désastres.

E-L.-La réforme agraire intégrale embrasse-t-elle les questions de sécurité sociale, comme l’assurance santé et vieillesse, l’éducation ?

N.P.-Oui, c’est un paquet. Des gens qui font un travail si noble (les paysans) doivent bénéficier d’assurances.

E-L.-Mais, quel rôle jouent l’éducation et la formation dans la réforme agraire intégrale?

N.P.-Ces sont deux points extrêmement importants. Ils sont à la base de tout développement durable. L’éducation permettra aux planteurs d’acquérir des connaissances sur les méthodes de travail agricole, sur la façon de gérer leur santé et l’environnement, sur l’importance des arbres dans la protection de notre environnement, sur l’écologie en général.

E-L.-Alta Prophète, d’après vous, quel sera l’impact d’une réforme agraire intégrale sur la population?

A.P.-Avec la réforme agraire intégrale, nous obtiendrons notre souveraineté alimentaire ; il y aura moins de misère dans le pays et nous pourrons résoudre le problème de la dégradation de l’environnement. C’est la seule voie qui peut sortir le pays du marasme économique et social dans lequel il se trouve. C’est le seul moyen de faire disparaitre l’inégalité sociale qui ronge notre société.

E-L.-Actuellement, la question des élections est sur le tapis. Avez-vous des stratégies spéciales pour inscrire la réforme agraire intégrale dans cette actualité ?

A.P.-Pour faire face à cette situation, nous allons employer des stratégies comme par exemple : demander à l’ensemble des organisations et les membres de la plate-forme de questionner sur la réforme agraire intégrale tous les candidats qui auront à les approcher; demander à ceux qui aspirent arriver au parlement s’ils voteront des lois en faveur des défavorisés au lieu de s’évertuer à remplir leurs poches. La plate-forme et ses membres supportent la réforme agraire et ils doivent demander systématiquement aux candidats s’ils vont intégrer ce thème dans leur programme politique.


E-L.-Les questionnements concerneront quels types de candidats, ceux des collectivités (Mairie, CASEC, ASEC); ceux qui aspirent à être sénateurs, députés au parlement ou bien les candidats à la présidence?

A.P.-Les candidats à tous les niveaux sont concernés. Les questions porteront sur le pourcentage du budget national qui sera alloué à la paysannerie, sur les lois qui vont être votées en faveur des paysans qui constituent la couche sociale la plus défavorisée dans le pays. Nous ne devons pas voter ceux qui vont œuvrer au détriment de l’environnement et du milieu rural. Nous ne devons plus être déçus après avoir peiné sous le soleil pour voter des candidats !

E-L.-Fednel Moncheri a été nommé tout récemment Secrétaire d’État à la Réforme Agraire. Cette nomination a été faite par le président Martelly qui est en fin de mandat, après avoir été élu sous la bannière d’une organisation paysanne, “Repons Peyizan”. Qu’en pensez-vous ?

A.P.-Tout ce que nous pouvons dire c’est qu’ils ont décidé de ‘’faire danser’’ les masses paysannes. Ce Monsieur a été élu sous la bannière d’une organisation paysanne et il a choisi de ridiculiser ces masses défavorisées sur cette question de réforme agraire. S’il voulait vraiment faire quelque chose de sérieux, il nous aurait contactés pour discuter des avantages et inconvénients d’une telle réforme. D’ailleurs, l’identification des terres de l’État et des terres privées n’a jamais été faite. Tout cela montre clairement leur malice. Pour nous, il n’y a rien de bon dans la tentative de nommer ce Secrétaire d’État.

E-L.-La majorité des organisations du pays, surtout les organisations de base, réclame toujours le changement de l’État ; vous, membres de la plate-forme “JE NAN JE” qui sollicitez une réforme agraire intégrale, réalisez-vous que le pays est sous Occupation?

A.P.-Même ceux qui sont les plus marginalisés dans la société le constatent. Certes nous avons chassé ces colons dans le passé, mais aujourd’hui, ils sont encore présents en grand nombre dans le pays et ils trouvent notre collaboration pour s’accaparer de nos terres. Chaque groupe a déjà choisi son point d’insertion géographique. Dans le Nord-Est du pays, ils ont déjà occupé toutes les terres cultivables. Ils ont converti les superficies en zone franche où ils ont construit de grandes usines. Nous avons observé en outre que beaucoup de terres dans ce département sont découpées en plusieurs morceaux, mais nous n’avons aucune idée de ce qu’on va en faire. Il est bruit que ce sont des propriétés de ‘’blancs’’ et qu’ils vont exploiter. En tant que paysans, nous allons nous mobiliser, parce que nos ancêtres ont lutté et se sont sacrifiés pour ces terres. Les ‘’blancs’’ ne pourront pas nous en chasser. Nous les membres de la plate-forme, nous allons unir nos voix pour dire ‘’Non à l’Occupation, Non à une seconde colonisation’’ !

E-L.-N’est-il pas trop tard, quand nous savons que les paysans vendent leur terre de leur propre gré sans en être contraints par l’État ou les étrangers qui viennent en faire l’acquisition?

A.P.-Les paysans les vendent par ignorance, parce qu’ils ne sont pas éduqués et sont pour la plupart analphabètes. Ils n’en connaissent pas l’importance ; ils ne savent pas comment prendre soin de la terre, comment l’adorer, comment la gérer comme leur mère. Les agronomes fils de paysans dont leur rôle est d’accompagner les paysans dans la gestion de la terre en leur montrant comment construire des canaux de contour pour la protéger contre l’érosion, se laissent utiliser par les ‘’blancs’’. Nous autres, quand quelqu’un nous approche pour nous demander de vendre nos terres, nous le questionnons ; mais tel n’est pas le cas pour les paysans qui ont faim et aux yeux desquels ‘’les blancs’’ font miroiter les avantages de leur projet. Ceci explique aussi pourquoi ils abandonnent leur terre pour se réfugier en ville où ils deviennent des prolétaires qui travaillent au profit des ‘’blancs’’. C’est pourquoi, nous les membres de la plate-forme “JE NAN JE”, notre objectif est de faire de la mobilisation, d’informer les paysans sur l’importance de la production agricole pour qu’ils comprennent qu’ils n’ont aucune raison de vendre les terres qui peuvent les nourrir.

E-L.-Pensez-vous que la réforme agraire intégrale peut être initiée et entraîner de profonds changements au sein de l’État haïtien, dans le cadre de ce pays occupé ?

A.P.-Pour obtenir un vrai changement dans le pays nous devrons être libérés. Physiquement, le territoire est occupé. Les occupants décident de tout. Nous allons nous mobiliser pour les chasser. Tôt au tard nous devons changer ce système d’exploitation, d’abus de toutes sortes, qui favorise les forts au détriment des faibles, pour avoir un pays libre, autonome, où chacun peut bien vivre.


E-L.-Étant donné que le temps nous fait la guerre, nous ne pourrons pas tout développer. Nous allons passer à pieds joints sur quelques points jugés plus importants. Comme la question de décentralisation est extrêmement importante pour la plate-forme “JE NAN JE”, pouvez-vous nous expliquer ce que veut dire pour vous le mot ‘’décentralisation’’?

A.P.-Pour le moment, on ne peut pas parler de décentralisation puisque tout se concentre au niveau de la capitale. Parfois on risque sa vie, car quel que soit ce dont on a besoin, on est obligé de se rendre en ville. Notre tâche, c’est de lutter pour que chacune des collectivités soit autonome.

E-L.-Êtes-vous de l’avis de ceux qui prônent l’augmentation du nombre de départements, de communes et de circonscriptions dans le pays ? Notons que, dans la loi électorale, on a déjà augmenté le nombre de circonscriptions électorales, donc le nombre de députés…

A.P.-Ceci a été fait juste pour enrichir ceux qui sont déjà des nantis. D’ailleurs, la solution des problèmes du pays ne passe pas par son éclatement géographique. Au contraire, cet émiettement va renforcer la frustration des paysans qui sont affamés, assoiffés, terrassés par la sécheresse et la misère. On ferait mieux de structurer le milieu rural avec l’argent qu’on va utiliser pour payer ces nouveaux représentants de l’État, afin de diminuer l’exode à Port-au-Prince, profitable aux bourgeois, au système capitaliste.

E-L.-Pour conclure, chacun de vous peut donner son point de vue. En dehors des prévisions pour la période électorale, la plate-forme a-t-elle d’autres stratégies pour faire concrétiser la réforme agraire intégrale et la décentralisation ?

N.P.-Comme nous le disions tantôt, pour parvenir à la réalisation de la réforme agraire intégrale nous avons besoin d’hommes d’État qui soient en mesure de lutter en faveur des paysans. Ainsi, nous sommes en train de préparer un avant-projet de réforme que nous comptons soumettre au (prochain) Parlement.

E-L.-Alta Prophète, avez-vous quelque chose à ajouter?

A.P.-Mon dernier mot : il nous faut mobiliser les paysans et les organisations de base, parce que pour arriver à la souveraineté alimentaire nous devons nous unir, sinon nos ennemis auront gain de cause.

E-L.-Qui sont ces ennemis?

A.P.-Ce sont ceux qui font souffrir les paysans, qui les considèrent comme des objets, nécessaires seulement au moment des élections. Cependant, aujourd’hui nous les attendons. Nous leur poserons beaucoup de question, parce que les candidats doivent désormais nous réserver une place dans leurs programmes, sinon ils n’obtiendront pas notre appui.

E-L.-Nicossa, n’avez-vous rien à ajouter?

N.P.- Nous lançons une nouvelle fois un appel, non seulement aux organisations de la plate-forme mais également à toutes les organisations des quartiers populaires, les organisations paysannes, les organisations féminines, les syndicats, pour leur dire que nous ne pouvons pas tous abandonner le pays ; nous devons nous mobiliser pour une bonne réforme agraire intégrale afin de récupérer notre souveraineté alimentaire et notre souveraineté nationale.

E-L.-On dit souvent que ceux qui osent prendre la parole sur les ondes de Radio en Haïti ont toujours un visa en poche. Est-ce le cas pour vous ?

N.P.-Nous n’en avons pas. Nous n’avons pas pris cette décision. Toute notre vie est une lutte permanente qui prendra fin le jour où nous serons décédés, pour finalement retrouver la paix.

E-L.-Merci à nos lectrices/lecteurs et à chacun des responsables de JE NAN JE pour cet entretien.

 

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TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE - MOBILISATION DU MPP : JOUR DE L’ENVIRONNEMENT

MPP

À l’occasion du 5 Juin, journée internationale de l’environnement, depuis quelque temps, le MPP (Mouvement Paysan de Papaye), en collaboration avec d’autres organisations paysannes, se mobilise sur la question des semences indigènes et la biodiversité en général. Le 5 Juin 2010, le MPP avait organisé une grande manifestation contre Mosanto qui avait fait don au gouvernement haïtien de semences de maïs hybrides ou OGM (organismes génétiquement modifiés) ; un cadeau empoisonné visant à éliminer les semences locales. Cette marche avait rassemblé plus de 20,000 paysans venus des quatre coins du pays.

Chaque année, le MPP entreprend des activités pour rafraîchir la mémoire sur les semences indigènes dont les paysans sont dépositaires, pour les mettre au service de l’humanité.  Ce sont les paysans et les peuples indigènes qui doivent gérer ces semences pour produire les aliments sains devant nourrir les populations de la planète. Aujourd’hui, les multinationales de l’agrobusiness veulent dépouiller les paysans de ce bien. Et nous autres, nous luttons contre cette machine. Nous défendons le droit à la production et l'utilisation de ces semences.

Les 4 et 5 Juin 2014, au Centre national de formation de cadres paysans de Papaye, les organisations membres du CLOC, de Via Campesina, en l’occurrence le MPP, le MPNKP (Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye), TK (Tèt Kole), avec la participation de KROSE (Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est), lanceront une grande mobilisation sur le thème : TERRE, EAU, SEMENCES, ENVIRONNEMENT, CHEMINS DE LA VIE.

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Conférence sur la République démocratique du Congo et Haïti: Pour la Sagesse et la Paix

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CONFÉRENCE DE MARTINE LIBERTINO LE 29 AVRIL 2014

S'affranchir des émotions dans les programmes d'éducation pour la paix et dans l'aide au développement

Bilan et perspectives en République Démocratique du Congo et en Haïti

Le mardi 29 avril 2014 à 19h

Maison des Associations

Salle Rachel Carson

15, rue des Savoises • 1205 Genève

(de la gare : Tram 15 et bus 1)

Entrée libre

Réservation au 022 751 11 20 ou par courrier électronique ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) jusqu'au lundi 28 avril.

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Pensées sociales

« Refonder la nation aujourd’hui implique de déconstruire au préalable l’édifice dont les joints de la fondation avaient une force de liaison négative, d’édifier la nouvelle nation sur des bases non disjointes, intégratives et solidaires.»
Franklin Midy, sociologue, février 2010

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